23 octobre 1986: « J’avais presque tout perdu », le cri de l’entrepreneur Luc Joachim
L'entrepreneur Luc Joachim

23 octobre 1986: « J’avais presque tout perdu », le cri de l’entrepreneur Luc Joachim

Le 23 octobre 1986, une furieuse inondation a ravagé la Gonâve. Des centaines de morts et dégâts matériels…le bilan est lourd. Le dentiste Luc Joachim, l’une des (grandes) victimes et d’autres citoyens en témoignent.

Naufrages, cyclones et inondations, les catastrophes naturelles ont fait pleurer les habitants de l’île de la Gonâve. 31 morts, 906 sans-abris, plus de 380 maisons détruites et endommagées, tel est le bilan de l’inondation qui a sévèrement frappé l’île le 23 octobre 1986 (Source: Wikipédia). 33 ans plus tard, on revient sur ce cataclysme.

« J’avais presque tout perdu », regrette l’homme d’affaires Luc Joachin. « Sur ma motocyclette, ma tête était couverte d’eau, à Twou-Lanfè (Est de la ville) », se souvient Luc Joachim qui s’apprêtait à rentrer chez lui. Face à la montée des eaux, il a dû refuser la voie terrestre pour emprunter la maritime. « Je n’avais même plus d’habits à la Gonâve après cette catastrophe. C’est Marie, la femme de l’actuel directeur général de l’EDH à la Gonâve qui m’avait offert un pantalon et maillot pour me vêtir ».

Avant 1986, la « Cité 23 octobre », au Nord d’Anse-à-Galets, était habitée. Il y avait un torrent qui déversait dans la mer passant entre la maison de l’ex-maire gonâvien Isaac et l’actuel bureau de la DINEPA. Mais un problème d’urbanisation a forcé l’eau à changer de direction. Et c’est ce qui serait à la base de ces nombreux dégâts que nombreux ne sont pas prêts à oublier.

Actuel inspecteur au Bureau du District Scolaire (BDS), à la Gonâve, Larose André était en 7e année fondamentale au collège Wesleyen d’Anse-à-Galets. De l’Est, où se trouvait son école, à l’Ouest, où il habitait, il se souvient encore de ces eaux en furie qui a coupé la commune en deux (2). « Il n’y a eu aucune route. Nous ne pouvions pas traverser. C’est mon papa, dans un voilier qui était venu nous chercher », raconte-t-il.

Au cours de la journée de ce jeudi, toute l’île était sous les eaux. Mais Anse-à-Galets, Trois-Lots et Picmy ont été les zones les plus touchées. « Pour voir certains de mes amis, j’ai dû passer par la mer », explique le directeur Kenel Pierre qui travaillait à l’école Nazaréenne d’alors l’actuelle Luc Éliézer, Nord-ouest d’Anse-à-Galets. « L’eau avait tracé une frontière entre « Nan Koup »(Est) et « Magazen »(ouest), poursuit le patron de l’Institution Mixte Kenel Pierre (IMKP).

Autre mauvais souvenir de Luc Joachim du 23 octobre

On est en 2003, le 23 octobre. 17 ans après ses énormes pertes, le dentiste a dû faire face à une nouvelle inondation qui lui est plus dévastatrice que la précédente. « Voiture, motocyclette, chaloupe et d’autres documents importants… » disparus. C’était innombrable », avance le membre de l’église adventiste remerciant Dieu de le garder encore vie. Malgré tout.

Luco Sunshine Hôtel

Originaire de Verettes, le Dr. Joachim est venu s’installer en 1983 sur l’île où il s’est marié avec une gonâvienne. Il est propriétaire de « Luco Sunshine Hôtel » construit sur l’emplacement même de son ancienne maison dévastée par l’inondation de 1986. « Certains de mes clients qui étaient à l’hôtel se sont échappés grâce à leur intelligence », soutient l’entrepreneur qui dit aimer Haïti, particulièrement la Gonâve. Il condamne par ailleurs, le comportement de ceux qui ont récupéré certains de ses biens et ne les lui ont pas remis.

« Humains, animaux, maisons, jardins…l’eau avait emporté tout ce qu’elle trouve sur son passage ». C’est ce qu’explique Luc Moïse Beaucicot gardant encore en mémoire cette nuit du 22 au 23 octobre où il pleuvait beaucoup. Une partie du marché de « Bò Lala » a été détruit. À Bas-Asile, presque toutes les maisons ont été inondées. Du jamais vu. L’eau a gagné du terrain. Même le Collège Pierre Witney qui se situait dans les locaux  de l’actuel BDS (Bureau du District Scolaire), à Bas-Bureau (Nord-est de la ville) était sous les eaux. Selon Beaucicot, l’eau peut causer d’autres dégâts. Il conseille aux gonâviens de ne pas habiter cette zone. C’est trop risqué, dit-il.

De son côté, Luc Joachim exhorte les autorités locales à prendre de mesures drastiques afin d’accompagner les riverains dans l’urbanisme. Trop souvent, les routes, dit-il sont construites sans canalisation. Ce qui provoque parfois de grandes inondations. Et les conséquences sont toujours néfastes.  Pour l’Agronome Marcéus Wilto, la mairie ansoise doit mettre plus d’emphase sur son plan communal de développement lancé depuis des mois. Car, certaines zones comme les littoraux (Sou Salin) estime-t-il, ne devraient pas être habitées.

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